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Butor

Concept artistique

BUTOR 

Nom masculin (latin populaire *butitaurus, du latin classique butio, butor, et taurus, taureau)

1. Petit héron des marais, aux pattes courtes, au cri de taureau, tissant en roseaux un nid flottant, et qui se camoufle en s’immobilisant, le bec dressé, parmi les roseaux.

2. Grossier personnage.

Dénomination du lieu communément appelé « Butor » ou la « butte d’or » où la Biennale de Molenbaix prend ses quartiers. 

Le butor de Molenbaix était doté, au 18e et 19e siècles, de deux moulins : un moulin à vent et un moulin à huile, dit le “moulin du Tordoir” qui “faisait un bruit comme des coups de fusils”. 

Entre le Mont-Saint-Aubert et le Mont-de-l’Enclus, s’étend un paysage calme et ouvert, où la vie suit son cours et semble appartenir à un temps régulier, presque apaisé. Un territoire de lignes horizontales, typique de ce ‘plats pays’ ô combien ‘pittoresque’ (terme dérivé de l’italien pittoresco, désignant une scène ‘charmante, digne d’être peinte’), que les peintres de nos régions n’ont eu de cesse de représenter. Avec le temps, leurs scènes champêtres ordonnées et leurs vastes ciels au-dessus des terres agricoles ont façonné, dans les imaginaires, une sorte de carte postale mentale de la ruralité. Pourtant, ce paysage n’est pas seulement une image. Il est aussi le produit de siècles d’interventions humaines : cultures, chemins, fossés, fermes, plantations et infrastructures ont progressivement modelé ce territoire. Ce qui apparaît aujourd’hui comme un environnement naturel, familier ou immuable est en réalité le résultat de transformations permanentes, autant matérielles que culturelles.

Aujourd’hui, pour sa première édition, la Biennale d’art BUTOR cherche justement à s’immiscer dans cet écart. Ici, le double sens du butor — frêle animal et personnage maladroit, présence poétique et décalée — donne son identité à une manifestation qui aborde la représentation rêvée, rassurante ou familière de la campagne et la réalité d’un territoire vivant, qui continue d’évoluer au gré des saisons, des festivités, des habitants et des usages. Investissant l’ancienne ferme d’Ecavée — devenu lieu de réception — mais aussi un parcours dans le hameau du Butor et le village de Molenbaix, les œuvres choisies interrogent les faux-semblant d’un environnement en apparence paisible que l’on croyait connaître, loin du bruit de la ville et du monde de l’art. Les artistes n’ajoutent pas un autre monde au paysage ; ils révèlent les mondes qui coexistent déjà en lui. 

Entre deux monts, des mondes Quand l’art contemporain s’invite dans la vie quotidienne d’une campagne située à proximité d’une frontière linguistique, il en révèle la poésie discrète, créant des points de contact entre l’art et la vie jusqu’à ce qu’une légère confusion s’opère entre eux — quand un détail étrange semble presque naturel ou qu’une présence ne s’explique pas tout à fait, plusieurs mondes coexistent.

Julien Foucart
Robin Legge
Commissaires de la Biennale BUTOR 

Avec le soutien de